Bonds that will forever go beyond time.

la Carte du Dragon

En ouvrant un booster de carte un jour, peut-être avez-vous trouvé dans vos six cartes une carte piège représentant une drôle d’antiquité… Certaines rares cartes de Magic & Wizard sonnent parfois comme un rappel aux premières heures du jeu des ombres, maîtrisé par Yami Yugi au début de la grande aventure de sa socialisation dans la vie de lycéen de Yugi Muto. A cette époque, parmis les nombreux jeux desquels il a triomphé, Yami Yugi a participé à une sorte de version alternative du jeu des ombres, portée par une obscure magie ancestrale venue de Chine. En effet, en trente-huit tomes d’aventures du Pharaon sans nom, seuls trois jeux aux origines réellement occultes ont fait leur apparition dans le manga (pouvoir du Puzzle du Millénium exclus, Yami Yugi pouvant lancer un jeu des ombres sur n’importe quelle partie de n’importe quel jeu). Deux de ces jeux ont des origines égyptiennes en accord avec la thématique de la série (c’est à dire les cartes de Magic & Wizard, et le jeu du Mehen auquel Sugoroku et Otogi Senior se sont dangereusement confrontés dans leur jeunesse), alors qu’un troisième plus marginale dans la série prenait essence dans la Chine Antique…

Xing Zhen Hu」心鎮壷 Xīn Zhēn Hú, ‘Jar of Soul Suppresion’, chez nous la jarre de suppression d’âme… 

Ce jeu est singulier dans le concept de la série, en tant qu’il est l’unique manifestation de pouvoirs occultes non égyptiens en trente-huit tomes écrits par Takahashi (et il en est de même pour les trois manga spin-offs sur papier exclusivement basés sur le jeu Magic & Wizard. Car c’est encore autre chose pour les animés spin-off.), impliquant une magie venue de Chine. C’est une clès importante à l’univers YGO car permettant aussi de fonder la véracité des civilisations Atlantes et Inca (fillers animés) dans l’univers de YGO, authentifiant le fait que dès son sixième tomes, Kazuki Takahashi avait déjà inscrit différents types d’approches occultes du jeu par différentes civilisations. Cela peut sembler un détails, mais ça a son importance à long terme dans la chronologie de la fresque YGO/GX/5D’s/10th…

Le jeu de la Carte du Dragon (Dragon Cards), Dragon Block ou Ryuuhai dans la version japonaise de la saison 0, apparait dans l’épisode 18 de cette même saison, ainsi que dans les chapitres Battle 46 et 47 du tome 6 du manga. C’est un lycéen de la classe de Yugi et sa bande, Imori Hajime 井守肇, qui va découvrir la fameuse jarre Xing Zhen Hu dans le grenier de sa maison. Il s’agit d’un ancien jeu ramené de Chine par son Grand-Père collectionneur à son retour de la guerre. C’est malgré les mises en garde de Sugoroku Muto que Imori ouvrira le sceau de la jarre (dans le manga, c’est un garçon assez vicieux alors que dans l’animé, ce sont les moqueries d’autres élèves qui vont le rendre mauvais, après avoir laissée tomber la jarre par inadvertance au milieu d’une confrontation avec ses deux tirants du lycée…), et provoquera Yugi dans un jeu des ombres. [SPOILER de la fin du chapitre/épisode]Yugi perdra alors la première partie, et verra son âme aspirée par la jarre avant que Yami Yugi ne prenne le relais et l’en délivre. A l’issue du combat, c’est finalement l’âme d’Himori qui va servir d’offrande au terrible dieu Dragon Shin-Tsuen-Fû avant que la jarre ne soit à nouveau scellée afin d’éviter d’autres drames… Et si l’épisode animé donne une version tombant un peu sous le sens, dans laquelle seules les ténèbres dans l’âme d’Himori finissent par disparaitre, le GAME OVER de dernière case du chapitre du manga laisse lui le corps d’Himori telle une poupée sans vie, son coeur battant encore, mais son âme étant maintenant dévorée par la jarre à jamais…[FIN SPOILER]

La jarre scéllée contient un jeu de 75 cartes représentant cinq dragons de cinq éléments, déclinés en cinq niveaux de puissances. Pour invoquer un dragon, tout niveaux confondus, il faut à chaque fois réunir les trois cartes identiques qui constituent un monstre. Avant de commencer la partie, chaque joueur pioche six cartes, à chaque tour pioche une nouvelle carte sur la montagne de cartes au centre de la table, et en jette enfin une de sa main (tout en sachant que la carte jetée est alors visible de l’autre joueur qui peut même s’en saisir si elle lui permet de composer un dragon dans son propre jeu). Le but étant de réunir les deux dragons les plus puissants le plus rapidement, tout en devinant quels dragons l’adversaire prépare par déduction, via les cartes jettées au milieu de la table à chaque tour. Vous suivez encore? C’est ici qu’interviennent les cinq éléments des cinq dragons, soummis à un cycle de domination élémentaire, d’où l’importance de deviner les dragons adversaires pour former des éléments les dominants et ainsi écraser la main du joueur opposé… Le perdant voit alors son âme aspirée dans la jarre à jamais, consommée par le Dragon pendant trois mois jusqu’à disparition…

fanart 遊戯王-ドラゴンカードーズ- by ながれ PIXIV id=91059

L’Arbre attise le Feu, le Feu fertilise la Terre, de la Terre est extrait l’Or, l’Or renforce l’Eau, et l’Eau nourrit l’Arbre

Les cinq dragons représentés dans le jeu sont l’incarnation des cinq éléments pilliers naturels arbre, feu, terre, métal et eau tel qu’ils sont considéré par la philosophie d’origine Chinoise Gogyo Setsu, qui mélangée à l’Inyo Setsu (principe des deux forces opposées Yin et Yang, qui dans le cas des dragons, décide des faiblesses et résistances face à chacun des éléments) a donné naissance à Inyo Gogyo Setsu, arrivé au Japon pendant la période Asuka (faisant alors partie de l’astrologie Onmyodo). C’est sur cette philosophie d’inspiration chinoise qu’est construite l’action même de la Carte du Dragon. La philosophie des éléments se retrouve dans de nombreux particules scénaristiques de YGO, comme par exemple avec le cas des trois monstres necessaires à l’invocation du Gardien de la Porte joué par les deux frères chinois (stéréotypés) Meikyū. De même que le principe du Yin et du Yang est l’identitée même des deux dragons serpentins et barbus (caractéristique du dragon Chinois) à quatre têtes  joués par Rex Godwin dans 5D’s: le Yin avec le Syncho Dragon du Soleil Inti et le Yang avec le Dark Synchro Dragon de la Lune Quilla, les deux incarnant l’équilibre.  Cette mixité Chinoise/Japonaise se retrouve logiquement via le design même des cinq dragons de la Carte du Dragon: lors du rêve d’Himori sur un combat de clans Chinois au début de l’épisode animé, le dragon Shin-Tsuen-Fû (et aussi visible sur une des faces de la boite accompagnant la jarre Xing Zhen Hu) s’impose comme typiquement Chinois (en accord avec la morphologie type du Dragon Chinois) avec ses cinq griffes à chaque patte, alors que les dragons libérés pendant le jeu possèdent les trois griffes propres aux dragons japonais, quand leur élément le permet…

Mu Long est le dragon de l’arbre, le « KI« , « Mokulyu » dans la version française, composé de nombreuses membranes avec la capacité de déployer des lianes pour absorber l’énergie de l’adversaire. Il tire son nom de la déesse chinoise Long Mu, aussi nommée Mère des Dragons. La légende raconte qu’elle éleva cinq bébé dragons et devint alors un symbole du dévouement familial, dont l’élément de l’arbre est ici une métaphore.

Huo Long est le dragon du feu, le « KA » en lave se déployant comme un lance flamme. L’étymologie de Huo Long a deux sources possibles: la première est celle du fruits communément appelé Pitaya, aussi appelé huǒ lóng guǒ, littéralement le « fruits du Dragon de Feu », mais aussi lóng zhū guǒ, le fruit du Dragon à Perle. Mais l’origine la plus probable est celle du Huo Lung Ching, le « manuel du Dragon de Feu », un recueil de techniques militaire de la Dynastie Ming, notamment spécialisé dans l’usage de la poudre à canon. Vous voyez le rapprochement?

Tu-Long est le dragon incarnant la terre, le « DO » aussi appelé « Dolyu » dans la version française est composé d’une carapace de roche, sa capacité spéciale est de créer des fissures terrestres. Difficile d’indentifier l’origine de son nom, si ce n’est que Hou Tu (aussi écrit Hou T’u et aujourd’hui Hou Tu Nainai, est le dieu de la terre et du sol; ou encore qu’une baie au Nord-Est du Vietnam (et non de la Chine) porte ce nom associé au surnom de baie des petits Dragons…

Jin Long le dragon de metal, aussi appelé le « KIN » (l’Or) et « Kinlyu » dans la version française, possède deux ailes faucheuses tranchantes. le nom de Jin Long peut se référer à une Dynastie Chinoise ou un temple bouddhiste nommé Jin Long Si, principalement connu pour abriter un très précieux figuier de Pagode appelé Bodhi Tree, l’arbre de la Bodhi, là où Bouddha a connu l’éveil, ou connaissance suprême. C’est un arbre qui héberge les Dieux, quelque chose de très précieux…

Shui Long le dragon de l’eau, aussi appelé « SUI » et « Suilyu » en vf, est semblable à un léviathan ayant la capacité de cracher des blasters aquatiques. Shui qui veut dire l’eau, nous renvoit aussi à un groupe ethnique Chinois appélé les Sui, c’est une minorité avec une culture propre. Mais il est plus probable que le nom du dragon soit surtout basé sur son étymologie même: l’eau!

En Chinois, Long 龍, c’est le dragon. Sa légende dans la culture Chinoise est celle de Huang Di, dit l’Empereur Jaune, qui disait-on, ajoutait l’emblème de ceux qui parvenait à vaincre à son propre blason en serpent. Ce sont les traits de neufs animaux réunis (dont le serpent) qui donnèrent alors naissance au dragon: un cou de serpent, une tête de chameau, des yeux de démons, des oreilles de bovins, des bois de cervidés, des pattes de tigres, terminées par des serres d’aigle, un ventre de mollusques, et enfin 117 écailles de carpes sur le corps. Car le Dragon Chinois ne naissant pas dragon, il passe de nombreux états de métamorphose. Ainsi dit-on que les carpes qui parviennent à surmonter la rivière se transforment en dragons… Le Dragon Chinois possède ses quelques représentants dans le jeu de Magic & Wizard, notamment joués par la duelliste asiatique Vivian Wong dont le deck est majoritairement basé sur les arts martiaux mais comporte tout de même quelques dragons.

Pour créer son jeu de la Carte du Dragon, Kazuki Takahashi a emprunté des éléments de réels jeux de cartes chinois. Il faut savoir que si l’origine du jeu prend bien essence dans l’Egypte Antique, le jeu de cartes à jouer serait en fait né en Chine pendant la Dynastie Tang (618–907), alors que la Princesse Tongchang (?–870), fille de l’Empereur Yizong of Tang, s’adonnait au « jeu de feuille » avec ses proches du clan Wei. Un nom qui vient probablement du support même de ces premiers jeux de cartes. Les cartes auraient été créées sur le modèle d’anciens dés de pratiques divinatoires venus d’Inde associés aux premières pratiques de xylographie. La création du jeu de cartes à jouer concorda aussi avec celle de la création du papier sur lequel étaient imprimés les sutras aux versés bouddhistes dans la langue Indo-Iranienne Sanskri. A rapprocher de la monaie d’échange, les jeux étaient alors plus tournés vers le principe des Trading Card Games avec des séries d’inscriptions linguistiques où numérales via des idéogrames. Ces cartes ont alors en parallèle progressivement pris la formes des dés de jeu que l’on appèle Domino, déclinant au final le jeu sous trois formes: les jeux dit de cartes domino, les cartes à jouer, et les cartes d’échecs semblables au jeu d’échecs chinois Xiangki, dit l’échec des éléphants se jouant sur un plateau. C’est d’ailleurs ici que la version animée de la Carte du Dragon trouve son inspiration: le jeu s’y joue non avec des cartes, mais bien avec des séries de dominos. Certaines pour invoquer les dragons, et d’autres à placer sur une cartographie pour choisir le lieu réel dans lequel les dégats portés à l’adversaire prendront relief. Il s’agit d’une règle absente de la version originale de Takahashi.

La Carte du Dragon est très largement inspiré d’un jeu de cartes intitulé Mǎ diào (馬吊), littéralement le « cheval pendu« , qu’il était très apprécié de jouer à l’époque de la Dynastie Qing (1644—1912). Composé d’un jeu de 40 cartes, le but est de composer des suites de cartes d’un même niveaux, tout en ayant la possibilité de prendre les cartes défaussées par l’adversaires pour améliorer sa main, ici le nombre de cartes et le thème des suites (Dragons/numérologie) différant. Les jeux de cartes Chinois ont certains préceptes qui leurs sont propres, et que l’on retrouve bien entendu dans le jeu de la jarre maudite de Xing Zhen Hu dans YGO. Par exemple, le tas de cartes au centre de la table, face contre cette table, représente la montagne dans laquelle se concentre le Ki, s’écoulant dans les terres symbolisées par cette même table. Les cartes des cinq dragons des éléments symbolisent alors l’équilibre, autour de cette montagne, visible avec la relation de domination qu’ils entretiennent et qui décide de l’issue du combat; même si une fois de plus à l’issue de la partie Yami Yugi nous prouve que rien n’est figé, et qu’une faiblesse peut toujours être surmontée en donnant tout ce que l’on a.

Enfin, sur la jarre Xing Zhen Hu dans sa version manga, il est aussi possible de distinguer la forme d’un Paon sur l’une des faces de la boite contenant les cartes. Il faut savoir qu’en Chine, le Paon (outre les qualités de beauté, puissance et divinité qu’on lui accordait) était un symbole fort de la Dynastie Ming (1368–1644), précédant la Dynastie Qing dans laquelle pourrait s’inscrire la création fictive du jeu de la Carte du Dragon. L’animal serait alors un indice de Takahashi pour nous aider à découvrir les origines de ce terrible jeu occulte, unique dans l’univers de YGO, et surtout iconique de la fresque entière créée par l’auteur… Et si la mythologie Egyptienne est la ligne centrale de YGO, il reste toujours intéressant de constater à quel point la série bénéficie d’une qualité culturelle multiple!

Si cette culture de la magie occulte Chinoise vous intêresse, je ne peut que trop vivement vous conseiller de jeter un oeil ou deux au manga Gareki no Eden 瓦礫の楽園 de YOSHIKAWA Hiroyasu, composé de différentes histoires occultes dans les rues de Hong Kong. Une vraie merveille… Si l’envie vous prend, vous pouvez aussi jeter un oeil au fantastique film d’animation chinoise A Deer Of Nine Colors 九色鹿 (Un Cerf au Neuf Couleurs, 1981), visible sur Youtube, sur l’histoire d’un marchant persan égaré au cours d’une tempête, et à qui un cerf aux neuf couleurs apparait pour le guider. Et enfin un grand merci à Deivos, Duelliste dracologue en chef, pour son aide dans les recherches et sans qui cet article n’aurait pas été aussi complet, sans être exhautif!

Une Réponse

  1. Pingback: Happy New Year from China! 新年快乐 ! | RETURN OF THE SPACE DINOSAUR

Now it's your turn!

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s