TUTTI QUANTI. Nous sommes en reconstruction, et cela prend du temps.

B A K U R A | A M A N E

Amane Bakura 獏良 天音.

Peut-être n’avez-vous jamais lu ce nom dans votre version française du manga YGO publiée chez Kana; et pour cause, Amane est la soeur de Bakura Ryo, confondue avec un frère dans la traduction française (corrigé dans le Gospel of the Truth). Raison de plus à cela, ce mystérieux personnage n’apparait pas physiquement dans les pages de l’oeuvre originale, mais son nom est cité par Bakura dans le chapitre 50 du volume 06. Dans cette scène se déroulant le soir de la première journée de Bakura dans son nouveau lycée de Domino City, le garçon à la marinière écrit une lettre adressée à sa soeur (habitant apparemment dans une autre ville…), lui racontant sa rencontre avec le Yugi gang avec qui il compte partager un jeu. Mais c’est dans le Gospel of the Truth qu’un petit encart nous apprend que Amane était la soeur adorée du garçon à l’Anneau du Millénium, décédée dans un accident de voiture, probablement avec sa mère elle aussi décédée (et citée comme étant avec Amane dans la fameuse lettre). Cette lettre qu’il écrit, Bakura l’adresse donc à sa soeur déjà dans l’au-delà, comme un symbole de deuil inachevé… Il est aussi important de relever que l’écriture de la lettre sera interrompue par la première réelle rencontre spirituelle entre Bakura et l’âme démoniaque de l’objet Millénaire cohabitant dans son corps…

Ce détails important de la vie de Bakura nous permet alors de mieux le percevoir, son caractère réservé, et de le lier aux deux decks de Magic & Wizard qu’il utilise dans la série. Dans YGO, le deck d’un Duelliste est un peu le miroir de son âme. Aussi pour comprendre un personnage aussi impassible que Bakura, les cartes se font aussi sincères qu’un journal intime. Concrètement, Bakura ne joue qu’un seul deck de carte, le premier n’étant qu’une création originale de la série animé (l’introduction de son personnage avec le jeu de plateau Monster World étant transposée dans une partie de Magic&Wizard sur l’île des Duellistes). Dans son premier deck de l’animé, Bakura possède un seul monstre normal, il s’agit de la Dame de la Foi. Avec ses yeux et ses cheveux de couleurs bleutée, cette carte pourrait apparaître dans le contexte comme une hypothétique projection d’Amane. Pour l’anecdote, ce monstre possède deux autres déclinaisons dans le jeu M&W, dont le nom renvoit au terme des Dryades. Dans la mythologie Grecque, ce sont les trois Nymphes timides vouant un culte à la forêt, et plus particulièrement aux arbres (le Chêne pour être précis), métaphores du lien familial. Son deck de l’île possède aussi la carte magie du Changement de Coeur, illustration esthétique d’un coeur pour deux âmes aux traits radicalement opposés, comme si cette âme intrue dans le corps du garçon faisait ainsi obstacle au deuil de sa soeur Amane…

fanart 宿主 by 公鉄 PIXIV id=418948

Cette notion du deuil inachevé fait de nouveau surface lors du Battle City, alors que Bakura se révèle réellement comme un Duelliste. Même s’il s’agit de Yami Bakura qui dispute les duels, nous savons néanmoins que c’est bien Bakura lui-même qui a composé son deck à thématique Occulte, comme il s’amuse à le dire à un Jono-Uchi froussard et effrayé dans le chapitre 178  du volume 21. Ce deck est un peu l’illustration des lamentations de son âme…

La première carte allégorique de cet état est celle du Pendentif Noir, représentation symbolique de l’objet même entretenant les ténèbres dans son âme: l’Anneau du Millénium, cadeau malheureusement empoisonné de son père, unique membre de sa famille encore vivant. Bakura apparait comme mystérieusement attiré par cet anneau qui entretient pourtant la noirceur dans son âme… Cette servitude est probablement représentée à travers les cartes Âmes des Oubliés, Esprit Enchaîné à la Terre, Ectoplasmer, La Porte Noire, ou encore Le Fantôme des Rêves Enfuis entretenant toutes l’idée de cette cohabitation cauchemardesque dans l’esprit de Bakura. Ce dernier est maudit par l’esprit macabre indésirable ayant élu domicile dans son coeur, l’espionnant (image des yeux multiples) à chaque moment, le manipulant (image du pantin et ses cordes entretenant l’illusion de liberté) incessamment, et auquel il s’est comme accoutumé de force. En effet, la carte magie Désignateur des Ténèbres renforce cette idée de dénonciation de ses maux, selon laquelle ce partage du corps entre les deux âmes se fait par soumission, et non une quelconque adhésion de Bakura aux ténèbres. Car il serait facile d’imaginer qu’après la perte de sa soeur, et probablement celle de sa mère, on puisse aisément s’abandonner au desespoir. Mais ce serait une erreur. La cohabitation apparait ici comme un combat de survie en attente de jours meilleurs, dont l’espoir est incarné par le Yugi Gang (Yami Bakura avait déjà pris la peine d’éliminer les précédants amis de Bakura via le jeu des ténèbres sur des parties de Monster World, mais Yugi, ou plutôt Yami Yugi, est le premier à avoir battu Yami Bakura à ce jeu): cette rennaissance, c’est la carte Monster Reborn, c’est le symbole d’espoir de ce deck.

C’est bien cette possession qui enlève à Bakura toute chance de mener à terme son deuil familial, Yami Bakura entretenant le macabre dans son âme. L’une des cartes des plus allégorique de ce deck Occulte, c’est  Dark Ruler Ha Des. Ce monstre est d’abord une incarnation du Dieu des Enfers de la mythologie Grecque, Hadès (Ἅιδης ou Aidês), frère de Zeus et Poséidon, gouvernant eux le ciel et la terre. Si Hadès, représentant de la mort, est craint de tous, il censé être un dieu impartial, neutre, jamais décrit comme bon ou mauvais. Or, il apparait ici comme sournois et imbu de lui même, influencé d’un côté de la balance. Ce détournement fait une fois de plus écho au deuil du garçon, ne pouvant être en paix avec la mort alors que celle-ci s’invite spirituellement dans son corps. Il est d’ailleurs notable qu’un visage morbide et éteint apparait sur le torse du monstre, renvoyant directement à Bakura lui-même, se retrouvant comme une pièce rapportée à sa propre chair, lentement trainée dans l’ombre par une entité démoniaque ayant pris le contrôle… De plus, l’emplacement de ce visage sur le torse du monstre renvoit aussi à l’Anneau du Millénium porté autour du coup, qui est la source même de cette dégénérescence psychique… creppy

fanart マイドール by goshi PIXIV id=171867

Au milieu de tout ce macabre émerge la carte maîtresse de ce deck sous les traits de Dark Necrofear, accumulation extrème des tous ces maux noirs dévorant Bakura… Comment ne pas alors directement penser à une vision cauchemardesque la la défunte Amane? Necrofear, au delà de la violence que porte son apparence de dépouille aux charnières en lambeaux découpés, conserve une aura faisant écho à une image de petite fille en peine, sa poupée (ici franchement sinistrée…) dans les bras. C’est un peu la représentation du souvenir de cette soeur, écorché, qui est en train de pourrir sous la mauvaise influence de l’Anneau Millénaire. Le deuil de Bakura s’est transformé en cauchemard. De même, la suite de carte Destiny board, épelant le mot DEATH jusqu’à que fin/mort s’ensuive, apparait comme un énième cri de desespoir du garçon: adressé à sa soeur dont la mort l’a clairement marqué, comme pour établir un contact (porte sur l’au-delà); mais aussi un cri adressé à l’âme intrue lui volant peu à peu son coeur, adressé à ses amis qu’il met ainsi autant en danger qu’il ne les aime, et enfin adressé à lui-même, qui ne sait probablement que faire sous l’alliénation. Le Destiny Board est en fait la représentation d’une table de Ouija. Il s’agit d’une tablette utilisée lors de séances de spiritisme pour permettre à un esprit appelé de se manifester de manière intelligible via la main même du participant.  Si Amane n’apparait que comme un personnage éclair dans le déroulement scénaristique de YGO, il est tout de même difficilement imaginable qu’elle ne soit pas la ligne directrice même de la personnalité de Bakura, tant chacun des détails définissant son personnage semble s’y référer.

Si YGO n’est que l’histoire d’un Pharaon à la recherche de son identité, et que ce qui suit la dernière page est le commencement de celle de Yugi (comme il le conclu lui-même à la fin du volume 38), alors cette fin est aussi le commencement de l’histoire de Bakura, libéré et en accord avec lui-même, enfin prêt à se construire dans la lumière… Car si Marik voyait son âme enfin apaisée à la fin du Battle City, Bakura est bien le dernier de nos héros à avoir enfin pu accéder à cette paix, ayant porté tout ce temps en lui le mal même de cette histoire: Zork Necrophades. Une sacrée grosse bébête.

GAME OVER.

3 Réponses

  1. kami

    Je découvre ton blog aujourd’hui et, grand passionnée de la première série Yu-Gi-Oh, je prends beaucoup de plaisir à lire tes articles. Je ne commenterai pas partout même si ça me démange parce que je suis trop occupée à lire tes précédents écrits, mais en tout cas cela fait plaisir de lire des analyses aussi poussées sur les personnages ^^.
    Bakura a toujours été mon personnage préféré, et même si j’avais eu vent de sa défunte soeur à laquelle il écrit une lettre, je n’avais jamais fais le rapprochement avec son type de jeu, c’est vrai que c’est pertinent (l’explication sur la destiny board… énorme ^^). Je n’avais pas été plus loin que de penser que comme Yami-Bakura était maléfique, paf, on lui a collé un jeu nécro bien glauque.

    Voilà, sur ce je poursuis ma lecture, espérant peut être trouver un article sur un autre point de yugioh: La différenciation entre Yami-Bakura, le voleur et Zork ^^

    10/08/2011 à 23 h 46 min

  2. Pandora

    Ah ça c’est trop fort mec. Cela me fait toujours plaisir de découvrir de nouveaux fans de l’original (oui j’ai du mal à croire que l’on puisse encore devenir fan à cette heure de la série, vu qu’il faut en baver pour trouver des qualités à ZEXAL).
    Bakura est aussi un de mes fêtiches de la saga, probablement le plus intêressant. Bon je t’avoue que des fois je me dit que j’en fais un peu trop sur le blog. Mais bon, YGO c’est mon grand amour.
    Ahah, la gloire de ZORK le dragon-penis fait qu’il DOIT avoir son propre article oui, vu qu’il est la clès de voute entre les trois Bakura. Mais avant je compte me faire Horakti, vu ma motivation après avoir vue l’illustration de Takahashi sur le site du studio Dice.
    Merci de ton commentaire en tout cas, et à bientôt j’espère. 🙂

    11/08/2011 à 0 h 58 min

  3. Wow, un bon article bien documenté. Je ne m’étais jamais penché si sérieusement sur l’analyse du jeu de Bakura (honte à moi) et même si je savais qu’il avait une soeur, j’avais complètement zappé sa mort et donc son influence sur Bakura. Dommage que tout ça soit si peu exploité dans le manga.

    D’ailleurs, j’aurai bien aimé qu’on le voit plus dans la dernière partie du manga. Parce que j’ai toujours trouvé bizarre, à la relecture, que Bakura parte en pleurant du musée, que son double s’énerve parce qu’il n’assistera pas au souvenir du Pharaon, alors qu’il est censé avoir préparé un plateau de jeu en cet occasion quelque part dans les sous-sols du musée…

    (Je m’égare, encore)

    J’aurais quand même aimé voir la séparation de Bakura et son double…

    28/01/2012 à 11 h 30 min

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