TUTTI QUANTI. Nous sommes en reconstruction, et cela prend du temps.

the game from India.

Raijinhai 雷神牌

Pavo Cristatus

Désigné comme oiseau national de l’Inde en 1963, qui mieux que le Paon peut ouvrir cet article dédié à la mythologie Indienne?

Car parmis les divinités dépeintes dans l’hindouismes, nombreuses sont celles auprès desquelles le Paon s’impose comme une icone emblématique. Que ce soit auprès de la déesse des arts et de l’intellect Sarasvatī सरस्वती, symbolisé par une plume sur le front du huitième avatar Krishna कृष्ण, faisant le coursier pour le dieu destructeur et régénérateur Shiva शिव, servant de monture à Kaumarī कौमारी l’une des déesses Matrikas, et surtout en tant que Vāhana (c’est à dire véhicule divin) de Kārttikeya aussi appelé Murugan मुरुगन. Ce dernier est le dieu de la guerre et de de la chasteté (ses temples sont interdits aux femmes) né du Gange, accompagné de son Paon (qui se dit Mayura en Sanskrit) dénommé Parvani, incarnation de la splendeur et la majesté, ayant la capacité de détruire les serpents avatars des démons Asura. Mais selon la légende, c’est d’abord à Indra इन्द्र  le roi des Devas que le Paon mâle doit sa robe pompeuse (Peacock étant le Paon mâle et Peahen la femelle en anglais, car nous ne faisons pas de différence de sexe dans la dénomination de la langue française), son plumage étant auparavant dépourvu de couleurs comme le sont les femelles. Lorsque qu’un jour il aperçu le démon Rāvana pourchassant Indra, l’animal déploya ses plumes pour que ce dernier puisse s’y cacher et ainsi éviter de vilaines blessures malgré sa puissance. Le démon passa alors sans rien remarquer, et Indra pour le remercier lui offrit une robe de plumes de couleurs par laquelle il pouvait désormais parader. Le Paon devint ainsi le herault du dieu Indra en annonçant l’orage de son cri perçant. Car en plus de son titre de souverain celeste, Indra est aussi la divinité de la foudre fendant le ciel…

C’est dans l’épisode 17 de la saison 0 de Toei Animation que le dieu Indra fait son apparition avec un jeu original amené d’Inde par Aileen Rao アイリーン・ラオ, l’une des quatre Game Masters, envoyés par Seto Kaiba pour prendre sa revanche après sa première défaite face à Yami Yugi. Lors d’une visite au Kame Shop de Sugoroku Muto, Aileen Rao va user de son statut de mannequin à la mode pour inviter Yugi et Anzu (en grande admiratrice), à faire une partie de jeu à son appartement. C’est l’occasion pour elle de forcer Yami Yugi à se manifester après avoir tendu un piège à Anzu, paralysée et à la merci d’un tigre en cage. Leur Duel va alors se jouer sur un jeu aux inspirations Indiennes encré dans l’histoire de la famille Rao: il s’agit du Raijinhai 雷神牌,  littéralement l’Idole de Foudre.

Le nom parfait pour un jeu se composant d’un plateau avec deux sets de sept statuettes (dix en tout) sculptées, via lesquelles deux joueurs s’affrontent. Chacune des septs pièces à un rôle et une puissance propre, avec son influence sur telle ou telle autre pièce, qu’il convient d’utiliser au bon moment pour éléminer uns à uns les pions adverses. Chaque tour, chacun des joueurs choisit une statuette à jouer en la posant derrière le paravent au centre du plateau. Une fois les deux pions opposants choisit, le paravent est levé et les jeux dévoilés, désignant un vainqueur sur les critères évoqués précédement. Pour gagner une partie, il y a différentes conditions valables, comme par exemple ne plus avoir de pièces dans son camp, ne plus avoir de pièces d’un niveau supérieur ou égal à l’opposant, ou ne plus avoir de roi. La tactique du jeu en elle même, outre le hasard, repose sur un système de probabilité selon les possibilités d’apparitions des pièces; c’est d’ailleurs ce qui en fait à mon avis l’un des jeux (si ce n’est pas LE) des plus complexes de tout Yu-Gi-Oh!. Car en plus d’une sacré maîtrise des probabilités d’utilisation de chaque statuette, entre en compte l’effet de bluff pratiqué par chaque joueur pour influencer la décision adverse à son propre avantage… Le Raijinhai comme quasiment tous les jeux apparaissant dans Yu-Gi-Oh!, est une création originale de la série; ici de l’équipe de conception de la saison 0 de Toei, étant donné que cet épisode fait partie des fillers animés n’apparaissant pas dans le manga original. Si le jeu est présenté comme d’origines Indiennes, il apparait pourtant comme avec la Carte du Dragon que ces dernières sont en fait metissées à de nombreux éléments purement japonais, se retrouvant dans les pions même du jeu… Le nom même du Raijinhai renvoit à une mythologie japonaise avec le démon aux tambours Raijin雷神, qui est l’équivalent shintoïste de Indra, en tout cas du côté de ses fonctions de dieu de la foudre et de la lumière. En ce qui concerne le titre de Roi des Dieux de Indra, l’équivalent bouddhique se dénomme Taishaku-ten 帝釈天, le gardien du centre. Dans le jeu de Yu-Gi-Oh!, l’accent est quand même plus prononcé sur les qualités de dieu de la foudre qui incombent à Indra.

★the Soldier (le Soldat): plus faible pièce du jeu, il est détruit par l’ensemble des autres pions. Chaque joueur peut en utiliser deux au cours d’une partie. La carte Talwar Demon タルワール・デーモン du jeu de carte, est une référence à un modèle de sabre Indien du 13ième siècle aux influences Perses, autrefois utilisé par les cavaleries et infanteries.

★the Cavalry (le Cavalier): détruit le Soldat, chaque joueur peut en utiliser deux au cours d’une partie.

★the Elephant (l’Eléphant): détruit le Soldat et le Cavalier, chaque joueur peut en utiliser deux au cours d’une partie. En Inde, l’éléphant est un symbole fort de puissance et de tempête, monture de choix considéré comme le roi des animaux. Le dieu Indra se déplace d’ailleurs à dos d’éléphant (tout comme Agni le dieu du feu), un Vāhana dénommé Airavata (ऐरावत), l’éléphant des nuages. L’animal divin de couleur blanche (les rares specimens sont sacrés en Inde) possède quatre défenses et sept trompes. La légende raconte que Airavata serait né parmis sept males et huits femelles éléphants lors de l’éclosion de l’oeuf du dieu ailé Garuḍa गरुड, alors que Brahmā ब्रह्मा le dieu créateur chantait des hymnes sacrés. Dans Yu-Gi-Oh!, Garuda possède trois incarnations avec Garuda l’Esprit du Vent 風の精霊 ガルーダ, Neo Flamvell Garuda ネオフレムベル・ガルーダ, et enfin Phoenix Beast Gairuda 鳳王獣ガイルーダ. C’est finalement l’Avatar Prithu पृथु qui couronnera Airavata roi des éléphants. L’animal se retrouve aussi dans l’hindouisme avec le dieu Ganesha गणेश à tête d’éléphant, incarnation de la sagesse et la connaissance. Il possède un corps d’homme avec quatre bras et de nombreux attribus. Son Vāhana Mûshika, est une souris qui par ses traits radicalement opposés complète parfaitement l’imposant Ganesha, représenté deux fois dans le jeu de cartes: une première par Gāneshia Elefantis ガーネシア・エレファンティスrenvoyant directement au statut terrestre de l’animal; et une seconde par The Fabled Ganashia 魔轟神獣ガナシア, avec une posture dansante et destructrice associée à un type de lumière rappelant son père créateur: Shiva (dont l’un des épithètes est Nātarāja: le roi de la danse). De même, Airavata décrit précédement trouve aussi son incarnation dans les cartes grâce à Gem Beast Amber Mammoth 宝玉獣 アンバー・マンモス, joué par Johan Andersen dans l’animé Yu-Gi-Oh! GX. Malgré sa dénomination de Mammouth, la bête crystalline emprunte à l’éléphant Vāhana ses quatre défenses symboliques, et une coiffe, renvoyant à des décorations honorifiques propres à la monture orientale.

★the Shogun (le Shogun):  détruit le Soldat, le Cavalier, et l’Elephant. En japonais shōgun 将軍, contraction seiitaishōgun 征夷大将軍, « grand général pacificateur des barbaresun » est à l’origine un titre de général de guerre qui est progressivement devennu un titre de dirigeant, toujours sous l’empereur.

★the King (le Roi): détruit le Soldat, le Cavalier, l’Elephant, et le Shogun. Mahārāja en Inde, ce titre est employé pour désigner un roi hindou, Rāja, suzerain de plusieurs autres. Le terme Rāja pourrait donc plus logiquement s’appliquer à la pièce précédente, qui renvoit elle d’autre part à un terme de souverain de guerre japonais aux fonctions semblables.

★the Queen (la Reine): peut seulement détruire le Roi, et est détruite par toutes les autres pièces. Dénommée Maharani (ou Rani dans le règne d’un Rāja), aussi connue sous le titre Rajmata lorsqu’elle devient veuve du Mahārāja.

★Raijin Indra: pièce la plus puissante, elle détruit n’importe quel autre pion mais ne peut être utilisé qu’une unique fois dans une partie. Indra est le chef des Devas देव, les divinités dont les épopées sont en autres exprimées dans les quatre recueils de textes Védiques anciens: les Vedas (la connaissance révélée). Cité dans environ 250 sūkta (hymnes) dans le RigVeda, Indra est le dieu ayant le plus de caractéristiques humaines, décrit comme un guerrier fougeux. D’ailleurs, dans le jeu de carte Yu-Gi-Oh!, la carte monstre Teva テーヴァ semble être une représentation d’Indra sur ce modèle. L’éclair que la pièce Indra tient en main dans Raijinhai est la foudre Vajra वज्र (façonnée par son père Tvaṣṭṛ त्वष्टृ), avec laquelle il tua le démon Asura serpent de la sècheresse Vṛtrá (Vratra), symbole de l’obstacle et de la fermeture, délivrant ainsi les eaux qui apportent la vie sur terre.

 

Les serpents ont une grande place dans la mythologie hindou et la culture Indienne en général, et se retrouvent aussi représentés dans YGO via la race des Reptiless, jouée par exemple par Cobra dans GX. Ils font partie des attribus de certains dieux comme Shiva le destructeur (représenté sur la carte Battle Waltz 武闘円舞, et dont le trident dit Trishula est incarné par Trishula le Dragon de la Barrière de Glace 氷結界の龍 トリシューラ) qui en possède un autour de son coup, ou encore Viṣṇu विष्णु, souvent représenté en train de dormir sur le serpent de sept ou plusieurs centaines de têtes, Shesha शेष, entre la fin et la création d’un nouveau monde. Ce dernier, sous le nom de Ananta अनन्त, Ananta le Dragon Maléfique 邪龍アナンタ dans Yu-Gi-Oh!, est d’ailleurs la clés de voute du monde selon certaines légendes, tel qu’il le lui a été accordé par Brahmā. Mais il est aussi le roi de la race des serpents Nāga नाग, composée de différentes classes de divinités allant du serpent géant come Shesha, jusqu’au créatures mi-homme/mi–serpent. C’est d’ailleurs cette dernière classe que l’on retrouve en plusieurs incarnations dans le jeu de cartes avec Vennomināga the Deity of Poisonous Snakes 毒蛇神ヴェノミナーガ, Reptiless Nāja レプティレス・ナージャ, et surtout Reptiless Vāsuki レプティレス・ヴァースキ. Vāsuki वासुकी est l’un des huit grands rois Nāga possédant la pierre Nagamani sur son front. Sa soeur Manasa মনসা est la divinité invoquée pour la guérison des morsures de serpents, généralement représentée avec quatre bras et une fleur de lotus que l’on retrouvent associés à Vāsuki dans sa représentation Yu-Gi-Oh!, réunissant finalement la fratrie en une seule créature.

Si le Raijinhai n’existe pas réellement, il trouve néanmoins ses inspirations dans l’histoire réelle du jeu dans la culture Indienne, et plus particulièrement l’histoire des Echecs auquels la version YGOesque emprunte d’abord la forme. Il faut savoir que les origines du jeu d’Echecs sont avant tout un sujet à controverse, même si on s’accorde aujourd’hui à dire que les traces les plus anciennes remontent au V/VIe siècle dans le nord de l’Inde. Cette première origine connue se nomme Chaturanga चतुरङ्ग , littéralement quatre membres/parties. Ce sera d’ailleurs la déclinaison Perse de ce jeu, sous le nom de Shatranj شَطْرَنْج au VIIe siècle, qui évoluera en la version européenne des Echecs que l’on connait. Le Chaturanga tient d’abord son nom d’origine caturaṅga d’une formation de guerre mentionnée dans les recueils écrits Sanskrit se référant aux quatre divisions d’une armée: les Elephants, les Chars, la Cavalerie et les Infanteries, que l’on retrouve dans quatre des six pièces du Chaturanga. La partie était jouée sur un plateau de 8×8 cases appelé Ashtāpada sur lequel 2×16 pièces s’affrontaient. Il y avait d’abord huit Padāti/Bhata, les Soldats qui sont l’équivalent des Pions des Echecs occidentaux; viennent ensuite deux Asva/Kutharei, les Chevaux qui se déplacent comme le Cavalier des Echecs; puis deux Yaanei/Gaja, l’Elephant équivalent du Fou, possédant trois déplacements différents; et deux Ratha/Iratham, les Chars équivalents de la Tour des Echecs. Chaque camp était enfin dominé par un Raja (le Roi), et une Rani/Senapati (la Reine) se déplaçant en diagonale. Chacune de ces six pièces trouve son équivalent dans Raijinhai, conservant sa nature même sauf en ce qui concerne le Char devenant le Shogun, de même que la Pièce Raijin Indra y est exclusive. En ce qui concerne le nombre de pions, le Soldat est passé de huit à deux pièces, le Cavalier et l’Elephant ont gardé le nombre de deux, le Char devennu Shogun est passé à un exemplaire, et le Roi et la Reine ont gardé leur exemplaire unique. C’est ainsi que du Chaturanga, Raijinhai à d’abord gardée la nature des pièces de jeu pour n’en conserver que la hierarchie de force, qui part l’ajout de certaines capacités spéciales comme l’unique cible de la Reine, ou encore l’apparition de Raijin Indra, change complètement la donne de l’affrontement. Le jeu de pièces de stratégie de déplacement devient alors un affrontement stratégique purement de force, chaque tour consistant à choisir la bonne pièce au bon moment. Ce principe même rappelle entre autres le concept du Pierre-Feuille-Ciseaux, qui trouve lui son origine dans la Chine voisine pendant la Dynastie Han (206 AV-JC-220), avec un jeu du nom de shǒushìlìng (手勢令) qui en est la version première. Qui a dit que le Janken n’était pas stratégique?

J’espère ici avoir pu éclaircir l’un des rares jeux inédits de la saison 0 de Toei Animation qui aurait pu trouver sa place dans l’oeuvre originale. Raijinhai, outre ses origines Indiennes trop peu représentées dans la fresque YGO, est aussi l’un des jeux à la mécanique des plus complexes que l’on ai pu voir dans la série. Aileen Rao aurait pu faire une très bonne Duelliste à théme! Pour prolonger l’immersion, voici comme d’habitude mes recommandations spécialement situées à l’époque Victorienne de la colonisation de l’Inde: avec tout d’abord Kuroshitsuji 黒執事 pour le chic, aussi disponible en version animée. La série écrite et dessinée par la génialissime Yana Toboso met en scène un Lord Anglais du nom de Ciel Phantomhives, à la tête d’une entreprise de jouets, et ses rapports avec son majordome démoniaque Sebastian. L’un des ARCs, et celui que je porte dans mon coeur de fanboy, tourne autour du Prince Soma Asman Kadar ソーマ・アスマン・カダール, et son majordome Agni アグニ, en visite à Londre à la recherche de l’ancienne intendante du prince, qui lui a été « enlevée » par un anglais. Mais plongez surtout dans le plus réaliste Victorian Romance Emma エマ par MORI Kaoru pour le choc, situé à la même époque et narrant la romance d’un amour de Maid dénommée Emma, dont un Prince Indien du nom de Hakim Atawari ハキム・アタワーリ va comme d’autres s’éprendre. Enfin, il y a aussi le très bon manga Boy’s Love Kono Koi wa Himitsu  この恋は秘密 par AJIMINE Sakufu, sur la romance entre un Lord anglais dénommé Alvin et son majordome Razil l’ayant suivit depuis l’Inde, sans se soucier des conséquences…

GAME OVER.

Une Réponse

  1. Deivos

    Taku…

    Ganesha, c’est vraiment ta divinité! (pour ne pas dire que tu es..ganesha. huhu ^^) Un grand bravo pour cet article!
    J’ai un peu de mal à retenir toutes les informations mais ce qui est certain, c’est que c’est un article riche en mythologie et vraiment très intéressant!
    Je vais vite me regarder la saison 0 en attendant d’affronter ton deck!

    Encore bravo, je te soutiens à 300% !!

    Prends soin de toi l’ami! 😉

    20/06/2010 à 21 h 40 min

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